Est-ce que la graisse se transforme en muscle ?

La ponctuation a son importance, y compris quand on se demande si la graisse se transforme en muscle.

En effet, je pose la question dans le titre. Avec une pointe d’ironie… Comme s’il était besoin de poser la question.

Et pourtant, il semblerait que ce ne soit pas très clair.

Il y aurait donc une sorte de conversion magique : la graisse se transformerait en muscle, l’eau en vin, le plomb en or…

Alchimie : la graisse peut-elle se transformer en muscle comme le plomb en or ?
Alchimie

Nous aurions donc affaire à un processus alchimique issu de sciences occultes, mélange de techniques chimiques et de spéculations mystiques.

Le muscle se logerait donc en lieu et place de la graisse, là où elle répand son manteau d’adipocytes. Ce serait donc une sorte de transmutation.

En bref

  • La graisse (le tissu adipeux) et le muscle sont deux tissus totalement différents : aucune transformation de l’un en l’autre n’est possible.
  • Quand on perd de la graisse, elle s’élimine surtout sous forme de dioxyde de carbone (par les poumons) et d’eau.
  • On peut en revanche perdre de la graisse et prendre du muscle en même temps, grâce à l’entraînement, à l’alimentation et à la récupération.
  • Maigrir sans entraînement musculaire fait perdre du muscle en même temps que de la graisse.

Il faudrait peut-être d’abord comprendre, de façon simple et concise, ce qu’est la graisse.

C’est quoi la graisse ?

La graisse, ou tissu adipeux, est une structure anatomique spécifique constituée d’adipocytes, dont la fonction est de stocker des lipides.

Ceux-ci constituent une partie importante des réserves d’énergie de l’organisme.

Les adipocytes commencent par grossir pour stocker davantage. Lorsque leur capacité de stockage arrive à saturation, de nouveaux adipocytes peuvent se former à partir de cellules précurseurs, ce qui augmente le nombre de cellules graisseuses.

Et quand vous perdez de la graisse, les adipocytes se vident et rétrécissent, mais leur nombre reste globalement stable à l’âge adulte : ils ne disparaissent pas. Ils restent prêts à se remplir de nouveau, ce qui contribue à expliquer la facilité avec laquelle on reprend du poids.

Formation de nouvelles cellules graisseuses (adipocytes)
Formation de nouveaux adipocytes

La graisse est localisée en grande partie sous la peau (c’est la graisse sous-cutanée), mais aussi entre les muscles et autour de certains organes.

Cette dernière, la graisse viscérale, se situe dans l’abdomen, autour des organes. Il ne faut pas la confondre avec la graisse sous-cutanée du ventre, même si toutes deux contribuent au tour de taille. La graisse viscérale est la plus associée aux risques pour la santé cardiovasculaire et métabolique.

Si la graisse ne se transforme pas en muscle, que devient-elle ?

La perte de graisse est la conséquence de la libération d’atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène contenus dans les cellules graisseuses.

Carbone, hydrogène et oxygène : les atomes libérés quand on perd de la graisse
Carbone, hydrogène et oxygène

Ainsi, lorsque vous perdez 1 kg de graisse, environ 840 g se volatilisent en dioxyde de carbone (CO2), évacué par les poumons, et les 160 g restants sont transformés en eau, puis éliminés par l’urine, la sueur et les autres liquides corporels.

Voici un article intéressant, qui développe de façon simple et factuelle ce processus. Il a été publié dans le très sérieux British Medical Journal par Ruben Meerman et Andrew Brown, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud : When somebody loses weight, where does the fat go?

Comment perdre de la graisse ? Ou en prendre ?

Juste un rappel, dans l’éventualité où vous n’auriez pas compris le processus.

Pour perdre la graisse, il faut démobiliser l’énergie stockée.

La graisse est une réserve de calories excédentaires : votre grenier à blé, votre matelas. Tout ce qui déborde, parce que vous n’en avez pas besoin, le trop-plein, vient enrichir votre capital, kilo après kilo.

Ainsi, pour perdre de la graisse, vous devez pousser le corps à aller chercher l’énergie que vous ne lui apportez pas par l’alimentation et dont il a besoin.

Le principe est donc inévitablement de manger hypocalorique, c’est-à-dire d’ingérer moins de calories que vous n’en dépensez.

L’excellente idée supplémentaire est d’avoir en plus une activité physique énergivore, qui augmentera alors vos dépenses.

Attention : maigrir sans musculation, c’est perdre du muscle aussi

Lorsque vous mangez moins sans solliciter vos muscles, le corps ne va pas chercher l’énergie uniquement dans la graisse : une partie de la perte de poids vient aussi du muscle.

Résultat : vous maigrissez, mais vous perdez en force et en tonus, et votre dépense énergétique au repos diminue. C’est pourquoi un entraînement de musculation et un apport suffisant en protéines sont indispensables pendant un régime.

C’est quoi les muscles ?

Les muscles sont organisés en faisceaux, eux-mêmes formés de fibres musculaires. Ces fibres sont garnies de myofibrilles, constituées de sarcomères, où se trouvent des filaments d’actine et de myosine.

Schéma de la structure d'un muscle : faisceaux, fibres musculaires et myofibrilles
Découpe d’un muscle

Ces filaments donnent au muscle le pouvoir de se contracter puis de se détendre. Ils sont de deux sortes, l’actine et la myosine, et sont disposés de façon alternée.

Lorsque vous contractez vos muscles, l’actine et la myosine glissent l’une contre l’autre puis s’accrochent entre elles, épaississant le muscle qui se raccourcit.

Plus l’intensité est élevée, plus la contraction est forte, et plus le nombre d’accrochages entre les filaments est par conséquent important.

C’est à la fois le volume de contractions et leur intensité qui épaississent les fibres, grâce à l’augmentation de la taille et du nombre des myofibrilles.

Grâce à l’entraînement musculaire, et notamment à la pratique de la culture physique, les fibres musculaires accélèrent leur taux de synthèse des protéines (actine et myosine).

Les muscles ont de multiples fonctions

Ils participent, entre autres, à assurer les qualités physiques essentielles comme la force, la puissance, la vitesse, la résistance, l’endurance et la coordination.

Les qualités physiques assurées par les muscles : force, puissance, vitesse, résistance, endurance, coordination
Force, puissance, vitesse, résistance, endurance, coordination

De fait, ils participent au mouvement et contribuent à maintenir notre posture.

Ils ont également un rôle essentiel dans les mouvements des organes internes, comme par exemple la contraction du cœur.

Je vous recommande cet article de l’Institut de myologie, qui traite avec précision des différents types de muscles : Connaissances sur le muscle.

Comment prendre du muscle ?

Vous l’aurez évidemment compris, avant tout, il va falloir faire du sport.

Nous parlons essentiellement des muscles striés squelettiques, ceux qui servent à la locomotion, au maintien (statique) et au mouvement.

Ils dépendent de notre système nerveux volontaire : nous avons donc une action directe sur leurs capacités, en fonction évidemment de notre implication.

L'implication, clé de la progression musculaire
Implication

Toujours cette même implication, qui fait des miracles ou qui vous fait défaut et anéantit ainsi toute forme de progression possible.

Nous ne parlerons pas ici du muscle cardiaque ni des muscles lisses, sur lesquels notre volonté, en tout cas d’après ce que la science sait aujourd’hui, n’a pas d’influence.

Voilà donc le processus pour augmenter son volume musculaire.

Il s’accompagne évidemment d’une alimentation adéquate, de suffisamment de récupération et d’un état d’esprit impliqué.

Cet état d’esprit impliqué est au cœur de mon premier livre, qui paraîtra prochainement : La Pensée au Cœur du Corps. J’y explique pourquoi, sans contrôle mental et sans implication psychologique totale, les paramètres d’intensité qui font réellement progresser le muscle ne peuvent tout simplement pas être mis en application.

Comment perdre de la masse musculaire ?

Sachez qu’elle est avant tout étroitement liée à l’inactivité.

Tous les pratiquants de musculation savent à quel point, lorsqu’ils arrêtent, ils perdent leur volume musculaire, leur force et leurs qualités physiques d’un point de vue général.

Je vous conseille de lire cet article intéressant sur ce phénomène : The Science of Detraining: How Long You Can Take a Break from the Gym Before You Lose Muscle Mass, Strength, and Endurance.

Cette perte n’est pas immédiate : elle se compte plutôt en semaines qu’en jours. Et le muscle déjà construit se reconstruit généralement plus vite que la première fois : on parle de « mémoire musculaire ».

La perte de masse musculaire est également associée à l’âge et à la sarcopénie.

Sarcopénie : la perte de masse musculaire liée à l'âge
Sarcopénie

La « sarcopénie » est un syndrome lié au vieillissement, dont l’un des symptômes est une perte progressive et généralisée du volume musculaire ainsi que de la force.

La dégénérescence musculaire est aussi la résultante de maladies, notamment du cancer, de l’hyperthyroïdie et de certaines infections.

L’atrophie musculaire peut aussi s’expliquer par une mauvaise absorption des nutriments, qu’engendrent notamment la colite ulcéreuse, la maladie de Crohn et la maladie cœliaque.

Alors pourquoi cette croyance persiste-t-elle ?

Si cette idée a la vie dure, c’est que ce que l’on observe peut tromper.

Quand vous vous entraînez et que vous perdez de la graisse, le muscle, qui était déjà là, devient visible : on a l’impression que l’un a remplacé l’autre.

À l’inverse, quand vous arrêtez l’entraînement, le muscle fond et la graisse s’installe : on croit alors que le muscle s’est « transformé » en graisse.

Ce sont en réalité deux phénomènes distincts, qui se produisent en parallèle : l’un diminue, l’autre augmente. Avec l’inactivité et l’âge, de la graisse peut aussi s’infiltrer entre les fibres musculaires, mais il s’agit d’un dépôt, pas d’une transformation.

En conclusion

Il est donc aisé de comprendre que la graisse et le muscle sont deux entités totalement distinctes, possédant des structures moléculaires parfaitement différentes.

Vous pouvez, sans aucun doute, perdre de la graisse et, d’autre part, prendre du muscle : ce ne sont pas deux choses incompatibles.

Mais il ne pourra jamais y avoir aucune transformation de l’un en l’autre.

Ai-je besoin de souligner que l’inverse n’est pas possible non plus : le muscle ne peut pas se transformer en graisse.

Vous l’aviez compris, je pense. Vous pourrez à présent affirmer que la graisse ne se transforme pas en muscle, et en expliquer le processus.

Ce que je vous explique vous semble logique ?

Prenez le temps de réfléchir avant d’agir.

Le conseil pratique

  • Pour perdre de la graisse, c’est l’alimentation qui compte d’abord : un léger déficit calorique, tenable dans la durée.
  • Pour prendre du muscle, ajoutez un entraînement de musculation régulier, une alimentation suffisante en protéines et un bon sommeil.
  • Pour faire les deux à la fois, c’est possible, en particulier si vous débutez ou si vous reprenez l’entraînement : on parle de recomposition corporelle.
  • Ne vous fiez pas qu’à la balance : mesurez aussi votre tour de taille et vos performances.

Appel à l’action

Si cet article vous parle et que vous souhaitez être accompagné pour perdre de la graisse et prendre du muscle, avec un programme adapté à votre situation, contactez-moi.

Articles liés :

Prochainement paraîtra mon premier livre (d’une série de 8), intitulé : La Pensée au Cœur du Corps. Ma méthode pour exploiter au maximum votre potentiel en culture physique.

Couverture du livre La Pensée au Cœur du Corps de Philippe Lamache

Philippe LAMACHE

Philippe LAMACHE — Coach sportif, mental et nutritionnel depuis 40 ans.

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