L’envers de la médaille : la vérité sur la compétition en musculation


La compétition est un univers aberrant.

Aberrant selon le Larousse : « Qui s’écarte du type normal, qui va contre la logique, la vérité ; absurde : Idée, conduite aberrante. »

C’est une dimension qui nous place en dehors de toute convention, en dehors de ce qui « est » pour la majorité d’entre nous. La norme est la normalité pour le plus grand nombre — et la compétition nous projette bien au-delà.


1. Ce que la compétition fait à l’esprit

La compétition nous projette bien au-delà de ce qui est possible d’avoir, d’être ou de faire. C’est remporter un championnat, un combat, obtenir un titre, un poste — peu importe la discipline. Le compétiteur est partout : dans les arts, les ordres, les affaires, le sport.

La compétition crée un état d’esprit survolté, égocentrique, mégalomane — difficile à comprendre si on n’a pas été soi-même un « Challenger ». Elle nous oblige à sortir de notre zone de confort, à nous surpasser. Elle crée un puissant désir de vaincre, de devenir le meilleur, l’imbattable, le numéro 1.

« L’important est de participer. » — Pierre de Coubertin

Merveilleuse formule diplomatique et humaniste lorsque l’on fait du politiquement correct — et qui n’a d’autre objectif que de lisser le fondement véritable et exacerbé de la compétition. Je ne connais pas un compétiteur qui soit en phase avec cette expression — sauf peut-être lorsque l’on ne gagne pas. C’est un moyen de légitimer la défaite.

L’investissement doit être total, envahissant, omniprésent. Fort souvent, il relègue la vie sociale et familiale au second plan. Tout est « égocentré » — c’est un état d’esprit nécessaire. Les proches qui gravitent autour de l’astre, tels des satellites, sont toujours impactés pour le meilleur ou pour le pire.


2. Pourquoi « l’envers de la médaille » ?

Derrière la médaille, dans toute compétition, il y a un premier et un dernier — et chacun, au départ, avait l’ambition de gagner. Derrière la partie visible, le sommet de l’iceberg, existe une réalité profonde, ample et quelquefois sombre.

J’ai été moi-même compétiteur durant plusieurs années : 25 fois j’ai livré bataille pour une qualification ou un titre. Je parle donc en connaissance de cause. À cette époque, il n’existait aucune autre discipline en musculation que le bodybuilding. L’expérience fut riche — elle a contribué à construire l’homme que je suis aujourd’hui. Mais toutes les expériences qui vous font grandir ne le font pas sans conséquences.


3. Le combat avec l’alimentation

Après avoir suivi une alimentation hypocalorique pré-compétition pendant des semaines — voire des mois pour certains — persiste après-coup une sorte de « traumatisme ».

La privation de liberté alimentaire, parce que c’est ainsi qu’il faut le voir, exclut socialement et familialement pour la majorité. La restriction alimentaire et calorique crée un stress métabolique qui peut avoir des conséquences physiques et des perturbations sur le système hormonal.

Sans parler de la faim et des envies difficilement contrôlables qui vous tenaillent inlassablement, vous rendent irascibles et qui finissent par vous réveiller plusieurs fois durant la nuit.

« Qui dort dîne » n’a jamais autant sonné faux.

C’est le prix à payer pour se séparer du tissu adipeux — pour qu’il n’en reste qu’un faible pourcentage, en accord avec les critères de la discipline. S’imposer de telles restrictions relève d’un paradoxe psychologique, d’une sorte de schizophrénie : « Je vais remanger, non je ne dois pas remanger… »


4. L’entraînement : un combat quotidien

Quasiment chaque jour — et pour certains deux fois par jour — s’engage une lutte sans merci contre la fonte. Le cardio training rentre pour une part importante dans la préparation pré-compétitive.

Cet acharnement physique, cette implication inlassable à construire un « corps parfait », ne peut connaître ni la fatigue ni la déprime — malgré le travail, les obligations socio-familiales, le régime hypo-énergétique qui vous fait vous sentir parfois aussi las que si vous étiez grippés.

Malgré l’hypokaliémie* qui vous guette — trouble hydroélectrolytique défini par un défaut de potassium dans le plasma sanguin — plus vous vous enfoncez dans la préparation, et plus cela devient une véritable sinécure.

Et ce n’est pas terminé : il faut perfectionner votre présentation en passant des heures à poser pour mettre en valeur cette musculature symétrique chèrement acquise. Sans l’art du « posing », tous ces investissements risquent d’être vains.


5. La compétition ne rapporte rien

Les disciplines sportives telles que le bodybuilding, le men’s classic, le men’s physique, le bikini — qui consistent à faire une présentation de son corps selon des critères bien établis — ne rapportent rien financièrement. Rien, ou pas grand chose, ou seulement à une poignée d’élus qui sont les meilleurs professionnels au monde.

À défaut de rapporter, la préparation coûte cher — et peut coûter très cher :

  • Alimentation riche en protéines (viande, poisson, œufs coûtent 10 à 20 fois plus cher que les pâtes ou le riz)
  • Compléments alimentaires consommés souvent de façon outrancière
  • Abonnement salle de sport, coaching, déplacements
  • Cosmétiques, coiffeur, maquillage, maillots et accessoires
  • Et pour certains : produits dopants achetés à des réseaux parallèles qui peuvent multiplier par 2, 3 voire 10 fois le budget global

En fonction de la compétition, de son niveau et du temps de préparation, le budget peut représenter des milliers d’euros.


6. L’après-compétition : le retour difficile

La période post-compétition est parfois difficile à gérer. Il est compliqué d’atterrir en douceur après des semaines exacerbées où la motivation a été un puissant moteur.

Le cadre strict, lorsqu’on se le soumet, est d’une contrainte tellement insupportable que lorsque l’on en sort totalement, on ressent une sorte de désœuvrement, une solitude, une forme d’abandon des règles. C’est pour cela que l’on voit des compétiteurs, dès l’échéance passée, ne plus s’entraîner, ne plus contrôler leur alimentation et prendre en quelques semaines un poids considérable.

Passer d’un corps travaillé jusque dans les moindres détails, esthétique, bronzé, apprêté, à un corps gorgé de rétention d’eau qui reprend de l’adiposité à vitesse grand V — déclenche parfois une sorte de dépression, un burn-out post-compétition.

D’autres gèrent parfaitement bien ce retour à la « vie normale ». Pour ceux-ci, cette période intense où corps et esprit ont flirté avec la zone rouge a été un marchepied pour être encore meilleur à la prochaine compétition.


En conclusion : hommage aux compétiteurs

Je souhaiterais rendre un hommage inconditionnel à toutes ces compétitrices et compétiteurs passionnés — et quelquefois un peu fous — dont on ne connaît que la face visible de la médaille, mais rarement l’envers.

Respect pour votre passion, votre abnégation — et respect à votre entourage qui supporte parfois l’insupportable.

On peut critiquer fortement votre égocentrisme, votre narcissisme — mais il faut un certain courage pour mener jusqu’au bout avec conviction vos passions et vos rêves.

Je dédicace cet article à Jean-Marc, Marcel, Anthony, Nadine, France, Lydie — et à tous les autres, à mes vieux compagnons culturistes avec qui j’ai croisé le fer, à tous mes anciens athlètes que j’ai menés vers la victoire ou presque — et à tous celles et ceux que j’accompagnerai dans le futur vers des titres prestigieux ou presque.

Ce que je vous explique vous semble logique ? Prenez le temps de réfléchir avant d’agir.

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Philippe LAMACHE — Coach sportif, mental et nutritionnel depuis 40 ans.

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