Dopage égal protéines ? Pourquoi cet amalgame ne tient pas

Protéine en poudre

Les poudres de protéines sont alimentaires.

Leur provenance et leur qualité s’inscrivent au cœur d’un large spectre : des résidus industriels de produits laitiers truffés d’adjuvants, jusqu’aux produits natifs, biologiques, hydrolysés, à la composition mono-ingrédient.

Elles sont issues du lait, des œufs, du pois, du riz, du soja… la liste est non exhaustive.

Où trouve-t-on les protéines ?

Pour ce type de produit alimentaire, il n’existe pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) soumise à des études scientifiques. Les protéines font partie de la grande famille des compléments alimentaires.

Même si la qualité, de mon point de vue, laisse trop souvent à désirer, elles ne sont pas censées vous faire de mal lorsque les précautions d’usage sont respectées.

Ce ne sont donc pas des médicaments, contrairement aux différentes lignées qui composent le monde des substances dopantes et qui, à la base, ont des visées thérapeutiques : les stéroïdes anabolisants, les androgènes, l’hormone de croissance, l’EPO et autres molécules chimiques actives. Là aussi, la liste est non exhaustive.

L’abus de ces substances est toxique… et les abus sont malheureusement très courants.

Peut-on considérer les poudres de protéines comme du dopage ?

C’est toujours stupéfiant de voir à quel point on fait l’amalgame entre les poudres protéinées et les produits dopants.

On peut néanmoins comprendre pourquoi : le monde est noyé sous un océan d’informations qui tue toute compréhension. Sans expertise, il devient difficile de faire la différence. Il faut dire aussi que le grand public, ultra sollicité par des sources contradictoires, a de plus en plus de mal à exercer son libre arbitre sur ces sujets.

Ce que je trouve en revanche déconcertant, affligeant, presque incompréhensible, c’est d’entendre ce même raisonnement dans la bouche de scientifiques ou d’instances censées maîtriser le sujet.

Et j’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises.

Protéines, alimentation, dopage : où est la frontière ?

Les protéines sont extraites d’aliments — végétaux, comme l’alfalfa (la luzerne), le riz, le pois ou le soja, ou animaux, comme le lait avec les caséines, les caséinates ou le lactosérum (la fameuse whey protéine), et l’albumine de blanc d’œuf.

Alfalfa, source de protéines végétales

Pois chiche, source de protéines végétales

Le lait, source de protéines animales

On parle donc d’alimentation ou de complément alimentaire. Cela n’a strictement rien à voir avec les produits dopants, qui sont à la base des médicaments à visée thérapeutique.

On ne peut pas mettre dans le même panier la testostérone — un androgène, donc une hormone —, l’hormone de croissance ou les stéroïdes anabolisants en général, et des produits alimentaires.

Une confusion jusque chez les professionnels de santé

Consultation médicale

J’ai été confronté à plusieurs reprises à cette confusion, y compris chez des scientifiques ou au sein d’instances fédérales.

J’ai discuté avec des responsables de services vasculaires et cardiologiques qui ne comprenaient pas la différence entre les protéines, les compléments alimentaires et le dopage. Pour eux, c’était la même chose. Compte tenu de la forme que j’affichais à mon âge, ils mettaient ma parole en doute, pensant que j’étais dopé.

Je leur ai donc expliqué qu’il m’arrivait de prendre des compléments alimentaires. Pour eux, cela relevait du dopage. Il a fallu que j’apporte la preuve, avec les mêmes explications qu’ici : les protéines ne sont que des produits alimentaires, tandis que la testostérone, par exemple, est un androgène, donc un médicament. On ne peut pas associer les deux.

Je trouve terrible qu’on en soit là.

Quand l’amalgame a des conséquences concrètes

Il y a quelques années, mon fils faisait partie d’un club du Top 14 en rugby.

Avant d’intégrer ce club, il avait donné un article à Muscle & Fitness, dans lequel il parlait de son entraînement avec moi et des compléments alimentaires qu’il consommait.

Contrôle antidopage

Suite à cet article, il a été sommé par les instances fédérales de se soumettre à un contrôle antidopage. Ces mêmes instances ont demandé des sanctions auprès de son club, au motif qu’il faisait l’apologie du dopage.

Liste des substances interdites du CIO

On parle pourtant de deux choses différentes. On ne peut pas mettre dans la même case le dopage — qui figure sur la liste du CIO, comme les androgènes, l’hormone de croissance, les amphétamines ou les stéroïdes anabolisants — et les compléments alimentaires, qui ne disposent pas d’une autorisation de mise sur le marché comme les médicaments et qui n’ont pas de visée thérapeutique.

Le conseil pratique

Protéine en poudre, bien choisir sa composition

Sachez une chose : l’abus de protéines peut représenter une nuisance, comme l’abus de n’importe quel aliment. Manger trop de poulet, trop de pâtes, ou trop de n’importe quel autre aliment, peut finir par devenir une nuisance pour votre santé. Une protéine en poudre n’échappe pas à cette règle du bon sens.

Pour bien choisir la vôtre, retenez ce repère simple : plus la liste des ingrédients d’une protéine est courte, plus le produit est de qualité.

Préférez une protéine native, de préférence biologique, avec un minimum d’ingrédients. Évitez les adjuvants — même les arômes, les édulcorants de synthèse, les correcteurs d’acidité et les sucres. Le sucre n’apparaît d’ailleurs pas toujours sous ce nom : surveillez aussi les mentions maltodextrine, dextrose ou sirop de glucose sur les étiquettes.

Appel à l’action

Vous aussi, on vous a déjà fait la remarque que « prendre des protéines, c’est se doper » ? Partagez cet article à la personne qui vous l’a dit — la meilleure réponse, c’est l’information claire.

Et vous, quelle a été votre propre expérience face à cet amalgame ? Dites-le-moi en commentaire.

Mon prochain article, « Comment choisir vos protéines en poudre », vous donnera tous les critères pour faire le bon choix. En attendant, j’ai déjà abordé le sujet en vidéo sur tous mes réseaux : Facebook, YouTube et Instagram.


Philippe LAMACHE — Coach sportif, mental et nutritionnel depuis 40 ans.

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